CONGO (fleuve et bassin)


CONGO (fleuve et bassin)
CONGO (fleuve et bassin)

Le Congo (rebaptisé Zaïre par le gouvernement de Kinshasa en 1971) n’est pas l’un des plus longs fleuves du monde. Ses quelque 4 000 km le placent bien après l’Amazone, le Mississippi-Missouri, les grands fleuves sibériens et, en Afrique même, le Nil. Son débit est plus remarquable: 40 000 m3/s environ, ce qui le classe immédiatement après l’Amazone, créditée d’au moins 200 000 m3/s. La puissance des deux fleuves est le commun reflet du climat équatorial et subéquatorial qui apporte plus de 1 400 mm de précipitations annuelles sur la majeure partie des deux bassins. Le débit moindre du Congo s’explique principalement par un bassin plus réduit, quoique encore immense: 3 450 000 km2 contre 6 900 000 pour son homologue américain. Aucun fleuve enfin, le Nil mis à part, n’a excité au même point la curiosité des explorateurs et des anciens géographes, ni fait une aussi belle carrière dans la légende et la littérature.

1. Le fleuve Congo

Une énigme géographique tardivement éclaircie

Il ne semble pas qu’aux temps anciens les riverains et utilisateurs du Congo se soient beaucoup interrogés sur les origines et l’unité de ce fleuve, diversement dénommé dans les parties successives de son cours. Mais le problème a surgi dès l’arrivée du premier Européen: «En 1483, note l’historien Randles, le navigateur portugais Diogo Cao, en quête d’un passage reliant l’Atlantique à l’océan Indien, suit au prix de bien des difficultés et des périls la côte occidentale de l’Afrique, pénètre dans l’hémisphère austral et découvre l’embouchure du Congo. En raison de sa largeur, il semble avoir été amené à la confondre avec le détroit qu’il cherchait, et qui devait lui permettre d’accéder au royaume chrétien du Prêtre Jean.» Il faudra longtemps pour dissiper cette illusion d’une origine éthiopienne du Congo, et plus encore celle d’un grand lac intérieur, source commune du Congo et d’autres fleuves, dont le Nil. Le problème était inverse de celui du Niger, dont le cours supérieur fut connu sans qu’on imaginât, pendant longtemps, qu’il pût aboutir à la mer par des bouches aussi médiocres que les diverses branches de son delta. Les missionnaires capucins qui, dès la seconde moitié du XVIIe siècle, atteignirent le Pool Malébo, toujours en vue d’atteindre le royaume du Prêtre Jean, se heurtèrent à la barrière constituée par le royaume Téké. Menée selon un esprit géographique déjà moderne, au cours de la deuxième décennie du XIXe siècle, l’expédition de Tuckey et de ses compagnons, décimée par les fièvres, dut rebrousser chemin sans avoir dépassé le bief calme, intermédiaire entre l’embouchure et le Pool Malébo. C’est en partant du cours supérieur et en descendant le «fleuve Livingstone» depuis ses «sources méridionales» que Stanley, le 12 mars 1877, devait finalement lever l’énigme en redécouvrant la nappe d’eau qui lui devra son nom (elle a été depuis lors rebaptisée Pool Malébo).

Une succession de tronçons

Un fleuve à métamorphoses, tel apparaît désormais le Congo. Les trois cours d’eau formateurs sont encore, à des degrés divers, engagés dans l’architecture continentale propre à l’Afrique orientale: gouttières et fossés de direction méridienne, séparés par des «dorsales», et partiellement occupés par des lacs. La Lukuga, le plus oriental de ces cours d’eau, sert d’émissaire au vaste Tanganyika, lequel reçoit lui-même, par l’intermédiaire de la Ruzizi, les eaux du lac Kivu (jadis tributaire du Nil, par l’intermédiaire du lac Édouard, dont il a été isolé par des épanchements volcaniques). Le Luapula-Luvua traverse le lac Moero. Le Lualaba longe lui-même, en aval de Bukama, une série de nappes d’eau moins importantes dont l’isolent ses propres atterrissements. Fleuves bien modestes: les mesures de débit donnent seulement quelques centaines de mètres cubes à la seconde pour le Lualaba et la Luvua, encore moins pour la Lukuga.

Le nom de Lualaba continue à désigner l’organisme ainsi formé tout le long du bief nord-sud, long d’environ 600 km, qui pénètre en forêt, et mène à Kisangani (anciennement Stanleyville); c’est un fleuve déjà majestueux, dont le débit atteint, à Ubundu (anciennement Ponthierville), de 2 500 à 11 100 m3/s. Mal régularisé cependant, le cours, qui descend vers la cuvette centrale congolaise et rencontre des obstacles rocheux successifs, est entrecoupé de rapides. Les derniers de ceux-ci, les chutes Tshungu (ex-Stanley Falls), ouvrent, de Kisangani aux environs de Bolobo, un bief calme long d’un millier de kilomètres, où le fleuve change radicalement d’allure. Grossi par des confluences successives, le Congo finit par atteindre, en aval de l’Oubangui, de 7 à 12 km de largeur. Rapide mais uni, le courant se subdivise en cinq à six bras anastomosés que séparent de longs chapelets d’îles. En dessous du confluent de la Sangha, les savanes australes réapparaissent progressivement, mais restent isolées du fleuve par une puissante galerie forestière.

Au sortir de la cuvette centrale, tapissée d’alluvions quaternaires, le Congo est encaissé, à 400 m en contrebas des plateaux Batéké, dans de puissantes assises de grès crétacés. C’est le Couloir, ou Chenal, où sa largeur se réduit à un kilomètre et demi ou un kilomètre, tandis que la profondeur augmente et que le courant s’accélère. À peu près à mi-chemin débouche, sur la rive gauche, le Kasaï, l’un des deux grands affluents (avec l’Oubangui) du Congo. À l’aval, le Pool Malébo marque le terme de la navigation. Ce n’est pas un lac mais, logé dans une cuvette presque circulaire, un remarquable élargissement du fleuve – 24 km de large sur 28 de long – divisé en deux parties inégales par l’île Mbamou. L’évidement est lié aux remous des eaux, emprisonnées immédiatement en aval par un chenal étroit creusé dans des grès durs précambriens. En moins de 300 km, perçant des structures géologiques complexes, le Congo atteint son embouchure peu en amont de Matadi; deux successions de rapides, encadrant un palier médian, compensent une dénivellation de près de 300 m. Le cours se rétrécit, par endroits, en une véritable gorge, de quelques centaines de mètres de large seulement, que prolonge, en aval des chutes (Yelala), le bief maritime, long de plus de 100 km et encore très engagé dans les plateaux. En pleine mer, un remarquable cañon sous-marin creuse profondément à son tour la plate-forme continentale, dans l’axe du fleuve, tandis qu’en surface les masses d’eau douce se répandent au large, abaissant la salinité.

Un délicat mécanisme hydrologique

Équatorial, le Congo ne l’est pas seulement par son abondance, mais aussi par la relative régularité de son débit. En aval du Kasaï, le tronc collecteur, dont aucune confluence notable ne vient plus modifier le régime, se gonfle chaque année à deux reprises. Le maximum principal, courant décembre, et le secondaire, vers la fin mai, encadrent un étiage majeur au milieu d’août et un autre, nettement moins prononcé, au printemps. Cette courbe, qui exprime à la fois les hauteurs d’eau et les débits calculés à partir des jaugeages effectués pour les différents niveaux du fleuve, semble être la simple transposition hydrologique du rythme climatique: toute la bande équatoriale traversée par le fleuve reçoit le maximum de pluies durant la période qui suit chacun des deux équinoxes.

En réalité, une étude soigneuse des mécanismes hydrologiques assigne une origine tout à fait différente aux hautes eaux que l’on enregistre chaque année à Brazzaville et à Kinshasa. Elles proviennent des précipitations solsticiales arrosant, durant l’été boréal, la partie nord du bassin hydrographique, drainée principalement par l’Oubangui, et durant l’été austral, la partie sud, tributaire du Lualaba, ainsi que du haut Kasaï et des affluents de rive gauche de ce fleuve. Dans les deux cas, on a affaire à des climats – symétriques par rapport à l’équateur – à pluviosité saisonnière, de caractère déjà tropical, au sens strict du mot. Ainsi, l’ajustement global du régime du Congo au rythme pluviométrique équatorial se révèle-t-il trompeur. Compte tenu du temps que les hautes eaux de l’une et l’autre portion du bassin mettent à gagner l’aval, ce régime dépend, en réalité, de deux crues d’origine géographique fort différente, se surimposant l’une et l’autre aux apports, plus réguliers, provenant de la bande équatoriale.

Pour peu que le mécanisme se dérègle, que les pluies tombent en avance ou en retard par rapport à leur calendrier habituel, dans telle partie de l’immense bassin, des apports normalement déphasés se conjuguent à leur arrivée dans le collecteur, ou bien leur réduction se cumule. Il en résulte des fluctuations inattendues, et parfois considérables, du débit. C’est ainsi qu’en 1962 une coïncidence imprévisible a haussé le débit de crue à plus de 75 000 m3/s, provoquant des inondations catastrophiques, et manquant d’envahir la centrale hydro-électrique du Djoué, en aval de Brazzaville. Le précédent record n’avait pas dépassé 60 000 m3/s, au début du XXe siècle.

Un fleuve utile

De tout temps, le Congo et ses principaux affluents ont été le lieu d’une pêche active. Les barrages et les nasses mis en place en plein courant, dans les rapides, par les Wagenia des chutes Tshungu, ou les Manyanga installés à une centaine de kilomètres en aval du Pool Malébo, apparaissent spectaculaires. Mais seuls les biefs calmes, où les eaux s’étalent, permettant aux poissons de se nourrir dans les herbiers ou la forêt inondée des rives, fournissent des apports réellement importants. Les ethnies riveraines consacraient autrefois une grande part de leur activité à la pêche, et le poisson servait de monnaie d’échange avec les populations de la terre ferme. Le développement de Brazzaville et de Kinshasa a fait naître sur place, à partir des années vingt, une demande de poisson de plus en plus importante. Pour y répondre, la pêche a revêtu des formes modernes. Dans un premier temps, des pêcheurs immigrés ont systématiquement exploité le Pool Malébo, en utilisant des techniques importées de toutes les parties du bassin congolais. Depuis la Seconde Guerre mondiale, de plus en plus nombreux, ils remontent, pour des campagnes saisonnières, le Congo, le Kasaï, l’Oubangui et leurs affluents, jusqu’à 600 et 800 km de leurs bases citadines. La seule ville de Mossaka abritait, dans les années soixante, des milliers de ces pêcheurs répartis en d’innombrables «campements», le long des rives et des îles. Sur les marchés urbains du Pool Malébo, les apports de poisson se chiffrent en milliers de tonnes. Les lacs du Lualaba, le lac Moero, le Tanganyika sont également le siège de pêches productives, reliées à des courants commerciaux distincts.

Autre vocation de vieille date du système fluvial congolais: son rôle de voie de circulation. Les explorateurs l’ont emprunté, en le descendant d’abord, avant de remonter l’Oubangui et la Sangha en direction des savanes du nord. Mais, depuis longtemps, le Congo servait de voie de migration et d’axe de trafic. Peu de générations avant la pénétration européenne, les Boubangui, venus par l’Oubangui, avaient déferlé le long du Congo, arrêtés seulement par la résistance des Batéké. Stanley et Brazza les trouvèrent, ainsi que d’autres populations de navigateurs, pratiquant le grand commerce par eau, entre les riverains d’amont et les Batéké du Pool Malébo: esclaves et ivoire à la descente, marchandises européennes, venues depuis la côte par voie de terre, à la remontée. Avec de tout autres moyens, et pour un trafic autrement important, le relais a été pris par la navigation européenne. Des deux côtés du fleuve, toute l’histoire de la colonisation à ses débuts – missions, commerce et administration – est liée à ces flottilles de petits vapeurs, qui utilisaient le bois pour combustible et étaient importés en pièces détachées acheminées depuis la côte par des caravanes de porteurs. Mis en service en 1898, le chemin de fer belge, de Matadi au Pool Malébo, et plus tard son homologue français, le Congo-Océan, achevé en 1934, reliant Pointe-Noire à Brazzaville, permirent de tourner l’obstacle des rapides. Depuis lors, le trafic fluvial n’a cessé de se développer, et, en amont du Pool Malébo, il demeure vital pour de vastes territoires, non seulement du Congo et du Zaïre, mais même des États septentrionaux, République centrafricaine et Tchad. Jusqu’en 1960, dans le cadre de l’ancienne Afrique-Équatoriale française, la voie d’eau Brazzaville-Bangui, ajustant au bas Oubangui la section inférieure du Congo navigable, était la pièce maîtresse de la «voie fédérale»; au départ de Pointe-Noire, celle-ci desservait, en concurrence avec les routes branchées sur le port de Douala (Cameroun), la totalité de la République centrafricaine, ainsi qu’une bonne partie de la zone cotonnière du Tchad méridional. L’achèvement du Chemin de fer transcamerounais a néanmoins amputé ce trafic, effectué par une flotte moderne de convois propulsés par des «pousseurs» à moteurs Diesel.

Le Congo était surtout, et demeure, l’une des voies de desserte majeure, et la seule aboutissant à un port «national», celui de Matadi, de l’immense Zaïre. Le trafic a bien décru depuis 1960, dans le cadre d’une économie gravement atteinte par des événements politiques. Le port de Kinshasa, terminus aval, garde néanmoins une activité bien supérieure à celle de Brazzaville. L’artère maîtresse emprunte le Kasaï. Côté amont, le relais est pris, à Ilebo (anciennement Port-Francqui), par la voie ferrée Bas-Congo-Katanga, qui met le système fluvial en communication directe avec le Katanga, en court-circuitant la longue boucle décrite vers le nord par le Lualaba et le Congo. Le Congo lui-même est parcouru d’une traite jusqu’à Kisangani, point de convergence et d’éclatement de tout le trafic du Nord-Est. Plus en amont, une série de tronçons ferroviaires (doublant les rapides) et fluviaux alternés établissent une ligne de communication étirée, peu pratique et finalement peu utilisée, prolongeant l’artère fluviale jusqu’au Katanga et à la région des grands lacs, où elle se raccorde à un réseau ferré cohérent.

Il convient, pour finir, de mentionner l’énorme énergie électrique potentielle que recèlent le Congo et ses affluents, doublement favorisés à cet égard par leur débit soutenu, et leur profil en long entrecoupé de brusques dénivellations. Le seul équipement du site d’Inga, en aval de Kinshasa, sur le cours inférieur du Congo, mis en service en 1972, permet de fournir une puissance installée de 350 mégawatts. Deux autres barrages devraient être construits sur ce site.

2. Le bassin du Congo

Morphologie

L’expression «bassin du Congo» peut avoir plusieurs sens. Une simple carte d’atlas suffit à mettre en évidence le premier trait qu’elle qualifie: un relief en forme de cuvette, la mieux dessinée de toutes celles qui constituent l’Afrique tropicale à l’ouest des grands lacs; autour d’elle, le cercle des reliefs périphériques se ferme presque complètement. On ne trouve guère de montagnes dignes de ce nom (les plus remarquables sont les hauts volcans qui dominent à l’ouest et au nord-ouest le lac Kivu), mais surtout des plateaux, plus élevés à l’est (où ils atteignent 3 000 m au-dessus de la terminaison septentrionale du lac Tanganyika, et dépassent 2 000 m dans la région de Lubero, à l’ouest du lac Édouard) qu’à l’ouest (où l’altitude s’abaisse à moins de 1 000 m dans toute la portion médiane comprise entre les hauts plateaux angolais, et la partie septentrionale relevée du plateau camerounais) et au nord (dorsale Congo-Tchad, appuyée sur le massif de Yadé, à l’ouest, le Dar-Challa, à l’est).

Cette bordure de hautes terres, remarquablement continue, ne s’interrompt qu’à l’extrême nord et à l’extrême sud. Du coude de l’Oubangui, on gagne le bassin du Chari sans rencontrer d’autre relief qu’un gradin d’une centaine de mètres de commandement; la ligne de partage des eaux se tient entre 600 et 700 m, l’Oubangui coulant aux environs de 400 m. À l’opposé du bassin, le passage est encore plus insensible des hauts affluents du Lualaba et Kasaï à ceux du Zambèze; des phénomènes de capture se seraient produits d’un bassin à l’autre. Chevauchant l’équateur, le fond de la cuvette correspond aux régions enserrées par la boucle du Congo, ou traversées plus à l’ouest par le bas Oubangui et la Sangha inférieure. Les reliefs sont insignifiants, l’altitude est de 300 à 400 m. C’est ce que les Belges avaient pris l’habitude d’appeler la «cuvette centrale» congolaise. Une cuvette suspendue, pour ainsi dire, par rapport au niveau de l’océan, mais bien moins que celle qui occupe une grande partie de l’Afrique australe. Des glacis, en forme de plateaux étagés ou inclinés, assurent la jonction entre la cuvette centrale et les reliefs du pourtour. Les uns, gréseux, apparaissent plus ou moins «structuraux» (modelés sur une couche géologique); d’autres ont le caractère de surfaces d’érosion tertiaires et même secondaires arasant, surtout sur le revers oriental, les terrains précambriens vigoureusement plissés, ainsi que les granites ou les gneiss fondamentaux.

Géologie

Cette gigantesque cuvette intérieure est en relation étroite avec un bassin géologique sédimentaire. Son fond est occupé par les formations les plus récentes: un complexe de sables et d’argiles quaternaires. Aux lacis intermédiaires correspondent une succession de couches gréseuses, distribuées en auréoles très discontinues et irrégulières. Les plus récentes ont été mises en place au Crétacé (série du Kwango sur la rive gauche du Congo en amont du Pool Malébo, série des plateaux Batéké sur la rive droite, identiques au nom près, et couronnés de sables tertiaires); les plus anciennes remontent au Précambrien supérieur. Des sondages pratiqués durant les années cinquante ont permis de les retrouver, empilées sur une grande épaisseur, au cœur de la cuvette, à Samba et Dekese. Ce double emboîtement horizontal et vertical, la rémanence à travers les temps géologiques de faciès gréseux très semblables, tout cela implique une tendance persistante à l’affaissement, et le dépôt compensateur, par les fleuves des divers âges, d’éléments arrachés aux reliefs périphériques. Mais l’alluvionnement continental n’a pas compensé la subsidence tectonique: les inégalités du socle, connues par les mesures géophysiques, ont été masquées, et les dénivellations réduites entre les bords et le centre du bassin, mais pas au point d’effacer le relief en cuvette, tel qu’il résulte directement des mouvements de l’écorce terrestre dans cette portion du continent.

Hydrologie

Le dispositif hydrographique lui-même est modelé dans une très large mesure sur la cuvette topographique et son substrat géologique. Dans cette troisième acception, le bassin du Congo couvre 3 450 000 km2. La coïncidence avec la cuvette n’est pas parfaite. À l’est, surtout, le bassin hydrographique déborde très largement sur le domaine des fossés et des hauts plateaux d’Afrique orientale. Non seulement il englobe, avec le Tanganyika et le Kivu, deux des grands lacs logés dans le Rift occidental, mais ses tributaires les plus orientaux prennent leur source très près du lac Victoria. Dans ces limites, le climat très pluvieux entretient un chevelu hydrographique remarquablement dense: plus de 12 600 km de voies navigables pour le seul Zaïre. S’il est de la nature d’un bassin fluvial de s’élargir vers l’intérieur d’un continent, dans le cas du Congo, le goulet terminal apparaît anormalement étroit et étiré: aucun affluent digne de ce nom sur les six cents derniers kilomètres de son cours. Autre anomalie: la largeur du bassin, des sources de la Kotto, au nord, à celles du Luapula, au sud, dépasse légèrement sa longueur, de l’océan Atlantique aux abords du lac Victoria. Le fleuve n’a pas façonné son bassin: le dispositif hydrographique est simplement venu se couler dans un relief qui ne lui doit pas grand-chose. On se demande même par quel phénomène une cuvette si bien fermée a pu trouver, en direction de l’Atlantique, un exutoire pour ses eaux. La convergence hydrographique vers le centre de la cuvette est trop parfaite pour ne pas avoir suscité l’hypothèse d’un lac ou d’une mer intérieure, qui aurait occupé à un moment donné le fond du bassin, avant d’être capturé et vidangé par l’érosion régressive d’une rivière côtière. Au nord de Brazzaville, à l’est de Kinshasa, des cours d’eau coulent à proximité du Congo, parallèlement à lui, mais en sens inverse: vers la cuvette centrale. En fait, il est peu probable qu’une vaste nappe d’eau se soit jamais déployée en arrière du bourrelet atlantique de hautes terres. À la faveur de périodes géologiques plus sèches que l’actuelle, un drainage intérieur (endoréisme) a pu s’établir et déboucher dans un ou plusieurs lacs comparables au Tchad actuel: c’est l’hypothèse la moins risquée. De toute façon, l’existence des lacs actuels de la cuvette centrale – lac Tumba, lac Mai N’Dombe (anciennement Léopold II) – ne saurait être invoquée comme argument. Ce ne sont pas les restes d’une nappe beaucoup plus étendue, mais des vallées ennoyées derrière l’obstacle constitué par les bourrelets alluviaux de quelques grands cours d’eau. Autrement dit, ils sont le signe et la conséquence indirecte (le fleuve hausse son lit pour maintenir la continuité de sa pente) de la subsidence persistante du fond du bassin congolais. Quant aux marais de la cuvette centrale, leur signification est exactement la même, à ceci près qu’ils se ressuient partiellement en période d’étiage et de creux pluviométrique saisonnier. On a d’ailleurs, sur la foi d’observations hâtives, exagéré beaucoup leur étendue. Entre l’Oubangui et la Sangha, par exemple, le figuré porté sur les cartes de grande diffusion est trompeur: il y a bien plus de terrasses sèches que d’authentiques marais.

Acception politique

Outre ses sens morphologique, géologique, hydrographique, le bassin du Congo a reçu, pour finir, une acception politique. Il s’agit du bassin conventionnel du Congo, créé par l’Acte général de Berlin (1885), qui consacrait et précisait le partage de l’Afrique centrale entre les puissances européennes. Cette dénomination recouvrait, outre le bassin proprement dit du fleuve et de ses affluents, une bande de terrain s’étendant, en arrière de la côte atlantique, jusqu’au parallèle 20 30 (mais excluant la totalité du bassin de l’Ogooué). Dans ces limites, le commerce de toutes les nations devait jouir d’une complète liberté. En fait, jusqu’à son abrogation en 1919, cette mesure allait être l’objet de difficultés d’interprétation et de transgressions continuelles. Il est plus intéressant et plus actuel de constater à quel point le Congo, son bassin fluvial et ses affluents continuent à modeler la géographie politique de l’Afrique centrale. Ce ne sont pas seulement les noms des deux États adossés au même fleuve éponyme, mais une double configuration qui est géographiquement significative. D’un côté, le Zaïre apparaît étroitement moulé sur un bassin hydrographique dont seules les parties périphériques, à l’est, au nord et à l’ouest, furent amputées à l’origine au bénéfice de colonisateurs rivaux. L’État actuel doit, pour une part appréciable, le peu de cohésion qui lui reste au système fluvial et à son utilisation, qui font converger vers la capitale les flux de toutes sortes. De l’autre côté du fleuve, c’est moins la république du Congo qui en tire son unité (car ses régions les plus riches appartiennent au bassin du Kouilou-Niari) que l’ensemble politico-économique que continue à animer l’ancienne «voie fédérale» de l’A.-É.F. Contre vents et marées, Congo, République centrafricaine et Tchad ont tenté de maintenir certains liens de caractère économique (notamment pour l’exploitation commune de l’axe Congo-Tchad), douanier et fiscal. Même s’ils sont temporairement remis en cause, ou si une redistribution des partenaires devait se produire pour de bon, nul doute que ces solidarités fluviales appartiennent davantage à l’avenir de la construction politique africaine qu’à un passé résiduel.

D’autres exemples (bassins du Tchad, du Niger, du Sénégal) montrent en effet à la fois l’intérêt que prennent les organisations bilatérales ou internationales à ce genre de connexions inter-étatiques très souples, et l’avantage que leur pragmatisme comporte vis-à-vis de certaines fusions proclamées, mais irréelles (Mali-Guinée, par exemple), non suivies d’effets.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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